Elle a pleuré, j'en ai eu la chair de poule
Mon plus gros challenge, mes premières complications...
Il s'appelle Kévin, sa femme a une idée, que dis-je, un projet ! Ça fait 7 ans qu'elle y pense, que ca la travaille, qu'elle y réfléchit... 7 ans qu'elle cherche et qu'elle peaufine ses exigences !
Oriane a traversé le pays pour trouver une solution. De Saint-Louis à Marseille en passant par Lyon, non seulement elle n'a pas trouvé en achat direct ce qu'elle rêve d’avoir entre les mains mais pire, aucun artisan n'accepte de réaliser ce projet.
Alors pourquoi, me diras-tu...
Eh bien on ne va pas se mentir, son projet n'est pas des plus évidents. Et surtout, Oriane sait très précisément ce qu'elle veut, au point que sa soeur lui a fabriqué une maquette en papier et ruban adhésif ! Pour la narguer? Non ! Pour qu'elle puisse montrer ça à un professionnel, pour qu'on puisse se projeter, se faire une idée du truc en 3D.
Alors Kevin vient me voir avec son "bricolage" et m'expose les faits.
J'accepte le projet, mais il faut me laisser le temps.
Le temps de faire un patron, un brouillon, les calculs, de réajuster les défauts, juger et jauger les faisabilités...
On tombe d'accord, je ponds un brouillon (moche ce coup-ci, dans un matériau à moindre coût. À l'inverse du sac de la Thiérarche, je sors de ma zone de confort alors je ne prends pas de risque). Et là, la magie opère : les étoiles dans les yeux, la stupéfaction de voir que CETTE idée qui a fleuri dans SON esprit pourrait réellement prendre vie.
Enthousiastes, Kevin et Oriane valident. Moi pas. Pourquoi? Parce que je n'ai pas vu Oriane. Parce qu'elle n'a vu tout cela qu'en photos et vidéo. Parce qu'elle ne l'a pas eu entre les mains. Et c'est SON rêve. C'est ELLE qui s'en servira quotidiennement pour les 30 prochaines années. Alors oui, on signera quand elle l'aura touché, ce brouillon. Parce que ça peut tout changer. Et effectivement, il y a des détails qu'on a modifié.
Alors voilà, on en est là. On a choisi le cuir, corrigé des détails. Le projet est officiellement lancé.
Je m'applique. Je prends mon temps. Vraiment. (Oui, ils m'ont mis la pression sans le vouloir quand j'ai compris à quel point c'était important pour elle).
J'ai fini. Je me suis fixé pour deadline, la Saint Valentin (si ça, ce n'est pas un beau cadeau à lui offrir...) Dernière touche avant livraison : j'appose mon logo sur cette création.
Je suis fière. C'est beau, c'est élégant, cela répond exactement à la demande initiale.
Je suis même émue lorsque mon Papa, mon mentor, celui qui m'a appris, me dit en voyant cela : "je suis impressionné" 🥹 la cerise sur le gâteau, le graal : la fierté de papa...
J'informe alors Kevin : c'est prêt. Vous pouvez venir le chercher.
Nous sommes le 13 février. Je lui ai envoyé photos et vidéos.
Il est content, il partage cela avec sa belle sœur.
Et là, tout s'effondre : un détail dérange. Quelque chose ne va pas. Il va falloir sonder Oriane discrètement, sans lui montrer, sans lui gâcher la surprise, pour savoir si ce détail peut être acceptable ou non.
La réponse est non.
Ce détail? Mon logo. Visible, apposé sur le rabat. Estampé à chaud dans ce cuir de vachette grainé noir mat.
Ce même cuir qui recouvre l'intégralité de l'article, collé et cousu.
Ceux qui s'y connaissent, sauront que démonter cela, c'est sans garantie de résultat. C'est même potentiellement impossible.
Je propose des "cache-misères" : une pièce de cuir ajoutée par dessus, une plaque en laiton? Non et non.
À ce stade, si vous avez lu jusque là, je vous épargne le suspense : je crois que ma bonne étoile a veillé sur moi tout au long de ce projet. Je crois que son rêve devait vraiment se réaliser parce que je ne sais pas par quel miracle, je suis parvenue à changer le cuir de couverture sans laisser apparaître le moindre désagrément.
Après des semaines interminables de suspense, le verdict est tombé et j'en ai eu la chair de poule : Oriane a été émue aux larmes en découvrant sa pochette qui est, je cite : "exactement comme elle l'avait imaginée, [...] magnifique"
Aurais-je relevé le défi? Je pense qu'on peut dire oui, et sa réaction est ma plus grande satisfaction.
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